Management : 7 leçons à tirer de la Coupe du Monde 2026

  • 21.07.2026

Management : 7 leçons à tirer de la Coupe du Monde 2026

BUENOS AIRES La Coupe du Monde de la FIFA a été un immense succès populaire, n’en déplaise à certains rabats-joies. Dans certains pays comme le Brésil (plus grand vainqueur avec 5 trophées ou étoiles) probablement 90% de la population a regardé les matchs de leur Seleção, soit presque 200 millions de personnes. En France (2 trophées) l’audience de la demi-finale des Bleus contre l’Espagne (désormais, 2 trophées) était de plus de 20 millions de téléspectateurs en moyenne sur M6. En Suisse aussi le pays a vibré grâce aux joueurs de la Nati comme Granit Xhaka ou Johan Manzambi. Lundi 20 juillet 2026 en soirée plus de 2 millions de personnes étaient dans la rue à Madrid pour célébrer la victoire espagnole. 

Terrain de foot (crédit photo : Adobe Stock)

Les enjeux dépassent donc souvent le football avec un rôle symbolique très fort pour l’image d’un pays. Le chiffre d’affaires de la Coupe du monde 2026 – on parle parfois de 13 milliards de dollars mais probablement beaucoup plus avec les revenus indirects – est supérieur au PIB de nombreux petits pays.

Voici quelques conclusions que l’on peut tirer pour le monde de l’entreprise ou d’une organisation.

1. Arrogance et talent – France (et Napoléon)

Comme j’ai aussi un passeport français, je me sens autorisé à critiquer l’équipe de France. Personnellement sans avoir soutenu l’équipe en 2026 (je l’avais fait en 1998, cela ne me rajeunit pas) j’ai trouvé les premiers matchs des Bleus somptueux, avec bien sûr le duo Mbappé et Olise, sans compter sur certains matchs Dembélé et Doué (le cas de le dire). Ce quatuor offensif semblait indestructible. Mais pour différentes raisons, relayées bien sûr par les médias français et une certaine arrogance, les Bleus étaient déjà champions du monde avant même la demi-finale et l’éventuelle finale. Comme on le voit, « mettre la charrue avant les bœufs » est rarement de bon conseil. Dans le football, seule la victoire compte surtout pour un pays 2 fois champion du monde comme la France. Dans le monde de l’entreprise aussi, il faut rester concentré sur les différentes tâches et ne jamais vraiment crier victoire.

D’un autre côté ne « jetons pas le bébé avec l’eau du bain ». La France reste une équipe talentueuse et rappelons la victoire des hommes de Deschamps à la Coupe du Monde 2018 avec le protagoniste Mbappé ou encore une petite finale intéressante, bien sûr seulement la 2ème mi-temps. Certains peuvent voir l’arrogance comme une technique, mais pour multiplier les victoires ce n’est pas la meilleure stratégie.

Napoléon affirmait avec intelligence : « Le plus grand danger apparaît au moment de la victoire ». L’Espagne, favorite dès le début notamment pour avoir gagné le dernier Euro, semble avoir été moins arrogante dans son approche

2. Talent et pression – Messi, Ronaldo et Yamal

Dans une édition de juillet 2026, le célèbre magazine anglais The Economist a aussi publié un court article qui va dans ce sens (leçons de management da la Coupe du monde) en mettant en avant que cette compétition a été un rendez-vous réussi pour les grandes stars comme bien sûr Messi mais aussi Mbappé, Vinicius Junior ou Haaland, et bien sûr comme gagnant de la Coupe avec la jeune superstar du Barcelone Yamal. Le média britannique de référence relève que les grandes stars n’ont pas toujours été au rendez-vous par le passé comme Pelé en 1966 ou Ronaldo (le Brésilien dit « o fenomeno ») en 1998 lors de la célèbre finale contre la France. C’est comme si cette fois les protagonistes ont mieux réagi à l’immense pression d’une Coupe du monde. Une raison avancée par le magazine est que certaines équipes travaillent en entier pour leur leader, bien sûr l’Argentine avec Messi ou le Portugal avec Cristiano Ronaldo. Si toute l’équipe est au service du leader, il y a peut-être moins de poids à porter. L’analogie avec le monde du travail est intéressante. Tout comme les dirigeants d’entreprise avisés dispensent les apporteurs d’affaires (rainmakers) de la paperasse, on n’attend généralement pas de ces joueurs qu’ils participent beaucoup à la défense.

L’équipe est au service de leur star, mais l’inverse est aussi vrai comme on l’a vu avec l’Espagne avec un Yamal qui a bien aidé les autres joueurs. Dans certains domaines très compétitifs comme l’IA, le droit, la médecine ou la technologie cette logique de management de centrer l’équipe autour d’un grand talent peut être intéressante. L’idée est bien sûr de gagner ensemble comme des bonus ou actions de l’entreprise afin de motiver ceux qui sont en bas de la pyramide et pas seulement le leader. Dans le football, l’avantage est que la victoire est pour toute l’équipe et pas un seul joueur. Dans cette coupe du monde toutefois, le gagnant n’a pas été une équipe avec une mega-star (ex. Argentine, France ou Portugal) mais une avec un très fort esprit d’équipe.

3. Passion et persévérance – Argentine

Peu de gens le comprennent, mais le monde occidental tourne surtout autour des Etats-Unis (bien sûr) et des grands pays de l’Europe occidentale (France, Royaume-Uni, Allemagne) ou encore la Chine, bref le nord. Être « en périphérie » ou dans le sud global du pouvoir comme l’Argentine – le Pape François avait mentionné cela – ou le Brésil, ou même l’Egypte, peut s’avérer un peu frustrant. La Coupe du monde est donc une énorme vitrine pour montrer au monde la grandeur de tout un pays. D’un point de vue psychologique, beaucoup de nations compensent probablement un peu ce manque d’exposition surtout économique et politique par des équipes nationales très fortes. A cette Coupe du monde on doit bien sûr s’attarder sur l’Argentine qui a joué avec ses tripes (oui je sais certains pensent qu’ils ont été favorisés, c’est un point de vue que je ne partage pas).  Souvent menés au score comme contre l’Angleterre ou l’Egypte, les Argentins se sont montrés persévérants et capable d’inverser la tendance en tout cas jusqu’à la finale, bien décevante pour eux. On peut penser que le côté psychologique a mené à ce très beau parcours de l’Argentine. Mais ce n’est bien sûr pas suffisant pour gagner le trophée.

Expérience « scientifique » – Expérience préalable de survie
Les expériences de Richter (DOI : 10.1097/00006842-195705000-00004) dans les années 1950 réalisées sur rats suggéraient que l’état psychologique et physiologique influence fortement la capacité à persévérer. Les animaux qui avaient une expérience préalable de survie ou de récupération semblaient résister plus longtemps à l’épuisement. L’expérience concernait des rats placés dans l’eau puis retirés et séchés avant d’être remis à nager. Le message retenu est que l’expérience de survie ou l’espoir peut augmenter l’endurance. L’expérience n’a pas été clairement documentée et pour des raisons éthiques il est impossible de répéter l’expérience. Il circule parfois sur Internet et dans des livres de développement personnel que des rats nageaient jusqu’à l’épuisement et se noyaient relativement rapidement (ex. 15 min) si on les retirait juste avant la noyade. Mais si on les séchait et qu’on les laissait récupérer peu avant les 15 minutes, puis qu’on les remettait à l’eau, ils nageaient ensuite beaucoup plus longtemps, parfois des heures.

4. Quantité mais pas forcément qualité – Brésil

Le Brésil est de loin le plus grand pays de football en termes de population avec ses 212 millions d’habitants. Il y a des pays plus peuplés comme les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Bengladesh, le Pakistan ou l’Indonésie, mais on ne peut pas dire que le football joue un rôle central comme dans le plus grand pays d’Amérique latine. D’autres pays avec une forte population comme le Nigéria ont trop de problèmes politiques pour vraiment devenir une puissance sportive dans le football. Bref, d’un point de vue numérique, le Brésil est loin devant et pourrait jouer avec plusieurs sélections. La question est pourquoi un pays 4 à 5 fois moins peuplé comme l’Espagne gagne la Coupe du Monde. C’est peut-être une malédiction des nombres, il y a trop de bons joueurs au Brésil et cela rend difficile de construire une équipe solide comme La Roja.

Dans le management, les anglo-saxons parlent de A team (excellence) ou B team (moyen à bon, voire médiocre). Il faut toujours avoir une A team, car les participants ou joueurs se tirent entre eux vers l’excellence.

5. Diversité – Suisse

On peut entendre certains dire que l’équipe de Suisse, notre belle Nati, n’est pas forcément représentative de la population suisse. Mais à mon avis ce qui est génial dans le football, à quelques exceptions près, est que les meilleurs jouent. Donc chaque joueur a mérité sa place. On sait aussi que dans le monde du travail, plus on monte dans les étages, et plus c’est probablement dur pour les personnes de couleur ou de certaines minorités de s’imposer. Ainsi, dans le monde de l’entreprise on devrait aussi plus parfois chercher à créer des équipes talentueuses, peu importe le nom de famille, la couleur de peau, la religion ou la langue. Bien sûr sans rentrer dans le stupide concept de wokisme qui souvent a l’effet inverse (loser, destruction des objectifs). Bref, le but est de gagner avec la meilleure équipe possible.

6. Rien n’est acquis d’avance (et chance) – Cap Vert

Le Cap Vert est un petit pays d’environ 500 mille habitants qui sur le papier n’aurait pas dû inquiéter la puissante Argentine ou faire match nul face à l’Espagne (deux pays presque 100 fois plus peuplée et plus riche en termes de PIB par habitant). Mais grâce à un grand engagement énorme notamment au niveau physique, un super gardien (Vozinha) et peut-être un peu de chance le Cap Vert a marqué cette Coupe du monde comme une grande surprise. En plus, c’était leur première participation.

Parfois dans le monde du travail une petite startup peut rivaliser avec des géants établis. Il faut un peu de chance mais rien n’est impossible.

7. Esprit d’équipe, perfection à tous les postes – Espagne (last but not least)

On entend souvent à la Silicon Valley que les meilleures startups sont basées sur des belles équipes, à la base des fondateurs puis les employés qui rejoignent la société. Souvent les investisseurs dans les startups comme les VC ou business angels ne misent que sur les fondateurs, car les idées peuvent évoluer.

L’Espagne est la démonstration claire de cette théorie. Une équipe très solide qui dépasse pour moi presque l’entendement d’un point de vue tactique. Il semble qu’un élément clé du succès presque sans concurrence crédible (victoire claire contre la France et l’Argentine) de l’Espagne est une formation des jeunes joueurs de très haut niveau. Ils sont entraînés à faire des passes rapides, faire des triangulations pour créer des espaces. On peut retenir aussi ici qu’après leur première finale gagnée en 2010 et leur passage à vide pendant 3 Coupes du monde, les Espagnols ont presque révolutionné le jeu du plus beau sport au monde.

Par Xavier Gruffat. Envoyé spécial à Buenos Aires pour Jobpro.ch.
Le 20 juillet 2026. V1.0 de l’article.